FOCUS

Cette rubrique est dédiée à l’actualité de la recherche sur les objets, sujets et événements liés à Pablo Picasso.

 

Retrouvez le Focus de Nathalie Leleu consacré à la réception du décès de Pablo Picasso survenue le 8 avril 1973 en cliquant ici.

 


 

La postérité inattendue de Pablo Picasso

Le Musée national Picasso – Paris inaugure en octobre 2014 un cycle de dossiers numériques consacré à « La postérité inattendue de Pablo Picasso » : influences, interprétations et recyclages artistiques et culturels de l’histoire et de l’œuvre de l’artiste espagnol par ses contemporains et jusqu’aux nôtres.

 

En écho au spectacle Tambors de BABX qui s’est tenu dans la cour d’honneur du Musée national Picasso – Paris lors de Nuit blanche 2014 (4 octobre), ce Focus est consacré à la naissance et à la carrière d’une « madeleine » musicale des années 1970, écrite par l’américain Jonathan Richman peu avant la disparition de Pablo Picasso, et dont BABX a rendu l’interprétation la plus récente.

 

Focus par Nathalie Leleu, chargée de mission sur les collections et le patrimoine, 17 octobre 2014 .

 

Extrait sonore de Tambors: interprétation de « Pablo Picasso » de Jonathan Richman and the Modern Lovers. Tambors / conception originale: BABX, images du film: Armel Hostiou, direction vidéo: Christophe Grelié, sonorisation: Julien Hulard.

 

 


 

« Pablo Picasso » de Jonathan Richman

 

Entrer « Pablo Picasso » dans le cadre de saisie d’un moteur de recherche sur Internet fait surgir un nombre considérable de résultats indexant des dizaines de milliers de textes et d’images, mais permet aussi de repérer quelques fichiers musicaux dont l’existence matérielle est désormais erratique, et qui, par leur accès relativement aisé sur la Toile, rendent compte du destin particulier d’une chanson née sur la côte Est des Etats-Unis. Elle s’intitule « Pablo Picasso », est millésimée 1972 et a été depuis pointée par les exégètes du rock comme l’une des matrices musicales du mouvement punk qui électrisa l’Amérique du Nord puis le Royaume-Uni au milieu des années 1970. Les diverses reprises de ce morceau écrit et composé par l’américain Jonathan Richman réactivent un réseau de compagnonnages, de collaborations et de filiations qui recycle de façon variable jusqu’aux années 2000 l’alliance d’une figure charismatique du XXe siècle et d’un unique accord de guitare.

 

Dès ses premières expositions newyorkaises à la Galerie 291 d’Alfred Stieglitz (à partir de 1911) et à l’Armory Show (1913), Pablo Picasso – sans jamais mettre le pied aux Etats-Unis – trouva sur le continent nord-américain des relais industrieux à travers les collectionneurs, marchands, divers intermédiaires influents et bien sûr les institutions muséales (le MoMA des années Alfred Barr au premier chef) qui imposèrent son œuvre à une bonne société friande d’esprit d’entreprise et de modernité. L’immédiat avant-guerre et la Seconde guerre mondiale contribuèrent à auréoler le personnage public, entré en résistance en 1937 avec Guernica et qui n’en sortit qu’à la Libération de Paris en 1944. Depuis les gazettes spécialisées des années 1920 aux magazines à grand tirage que furent Newsweek, Time Magazine, Life, Vogue et The New York Times Magazine, tous égrainèrent au fil du siècle l’actualité de Picasso avec les mêmes standards médiatiques que ceux de Paris-Match en France. Du génie artistique de Picasso dérivait sous les plumes une personnalité de la même trempe : énergique, irrésistible, anticonformiste, solaire, douée mais humaine. « Picasso exprimait son génie même dans sa façon de lancer ses chaussettes sur une chaise » : ce trait initialement critique, rapporté par Life en 1939, infusa les consciences populaires américaines au long cours.

 

Les héros nationaux étaient légion au tournant des années 1970 aux Etats-Unis, malgré la fracture identitaire générée par la guerre du Vietnam ; c’est pourtant un européen que choisit Jonathan Richman, très jeune songwriter de la région de Boston, Massachussetts (1), comme figure tutélaire d’une séduction naturelle, disposition qui fait défaut au plus grand nombre et dont l’absence vaut de cruelles déconvenues. Cette approche existentielle progressiste – de la misère morale à quelque chose de meilleur – qui fonde les textes de Richman à l’époque, s’ancre à rebours dans le prosaïsme, voire l’agressivité du vocabulaire et dans une dérision qui vise autant l’interprète que son auditoire. Un riff de guitare basse et une phrase de piano à un seul accord martelé avec insistance accompagnent, avec une batterie butée, ce qui a tous les atours d’une déclamation. Une deuxième guitare vient consolider la base en staccato, avec une corde à vide et un soupçon de distorsion.

 

 

Well some people try to pick up girls
And get called assholes
This never happened to Pablo Picasso
He could walk down your street
And girls could not resist his stare and
So Pablo Picasso was never called an asshole

 

 

Jonathan Richman and The Modern Lovers
Version originale de « Pablo Picasso » : Cale Sessions, Los Angeles, septembre 1972 (éditée en 1976 par Beserkley Records)

 

 

 

Comme la critique musicale de l’époque l’a relevé, l’ensemble a un goût prononcé de Velvet Underground – rythme, guitare, distorsion sonore et diction – à savoir le groupe de Lou Reed, John Cale, Moe Tucker et Sterling Morrison, un temps hébergé à la Factory d’Andy Warhol. En revanche, les lyrics (paroles) de Richman ne doivent rien à la morbidité cocaïnée des textes de Lou Reed ; contrairement à la plupart de ses collègues musiciens des deux côtes, Richman ne trouvait son carburant poétique ni dans l’alcool, ni dans la drogue. Sa candeur détonait avec les messages virant de l’extase à la mélancolie qui caractérisaient le chemin musical menant de Los Angeles à New York depuis la moitié des années 1960. Pablo Picasso traverse la chanson comme il y descend une rue : avec grâce, aisance et attrait – « not like you » (pas comme toi), pique grinçante précédant une franche injonction à retrouver ses esprits (dont, au passage, les Hippies – les « bellbottom bummer[s] » du quatrième couplet – semblent la cible) dans une débauche d’adjectifs plus brutaux les uns que les autres.

 

Richman s’est lié avec le Velvet Underground en 1967, à l’apogée créative du groupe. Cinq ans plus tard, John Cale, alors sous contrat avec la Warner Brothers, produisit en septembre 1972 les démos qui constituèrent le premier et dernier album des Modern Lovers. Cale tint aussi les claviers sur « Pablo Picasso ». L’album ne fut pressé et distribué qu’en août 1976 ; les chansons qui le formèrent (« Roadrunner », « Pablo Picasso », « Hospital » entre autres perles (2)) furent entre temps interprétées sur scène par Richman et les Modern Lovers et s’épanouissaient dans un réseau de bombes artistiques en puissance (dont Patti Smith, qui partageait avec Richman un intérêt pour le transfert entre la poésie littéraire et la scène musicale). La géographie de ce réseau et son développement permettent de comprendre la trajectoire de « Pablo Picasso » en tant que standard musical des deux côtés de l’Atlantique. John Cale (né au Pays de Galles) fut le premier à reprendre « Pablo Picasso » sur son – très douloureux – album Helen of Troy, sorti aux États-Unis en novembre 1975 et donc avant celui des Modern Lovers. Son intérêt pour la version initiale à laquelle il a contribué est incontestable ; toutefois Cale tire le son et le jeu des deux guitares vers le rythm’blues et teinte sa diction d’une tonalité hallucinée qui, dans les excès des interprétations qui suivront sur scène, donneront le sentiment que ce n’est plus la dimension épiphanique du personnage de Picasso qui est mise en avant, mais la souffrance issue de la médiocrité à laquelle il est opposé.

 

Oh well be not schmuck, be not abnoxious
Be not bellbottom bummer or asshole
Remember the story of Pablo Picasso

 

John Cale, « Pablo Picasso » extrait de l’album Helen of Troy, 1975 repris sur l’album The Island Years (1974-1975), Island Records, 1996

 

 

 

Reprises fréquentes en concerts dont :

 

Emission Rockpalast (WRD) enregistré à la Grugahalle de Essen (Allemagne), 13 et 14 octobre 1984

 

 

Festival de Melbourne (Australie), 23 octobre 2010

 

 

 

A la même époque, les Talking Heads menés par David Byrne faisaient leur début au célèbre club CBGB (3) dans le sillage des Ramones et de Television (avec lesquels Richman a occasionnellement joué), deux groupes qui arrimèrent les bases musicales de la scène punk newyorkaise. « Pablo Picasso » figura alors au répertoire de David Byrne, Tina Weymouth et Chris Frantz en concert ; le registre des Talking Heads était proche du groupe de Jonathan Richman – au point d’accueillir plus tard en son sein Jerry Harrison, le guitariste et claviériste des Modern Lovers. En revanche, l’arrangement du morceau modifie la couleur originale. Le choix d’une batterie plus claire, d’une guitare moins grasse se conjugue à un rythme qui intègre le contretemps (percussions) et au développement de l’accord initial dans un effet de vamp (guitare) et les modulations de la voix de David Byrne : le résultat swingue à grand train et avec humour. Tout cela sonne comme une sympathique blague de potache énervé. Picasso descend toujours la rue avec superbe et cette fois tout invite à le suivre dans une certaine euphorie.

 

C’est dans les salles underground neworkaises que le britannique Malcolm MacLaren repèra le style vestimentaire de Richard Hell (Television) et le son des New York Dolls, dont il devint brièvement le manager. La fusion anglaise qu’il en réalisa en 1975 avec le savoir-faire de sa compagne, la styliste Vivienne Westwood, s’appelle les Sex Pistols (Glen Matlock, Steve Jones, Paul Cook, Johnny Rotten et plus tard Syd Vicious), chevau-légers du punk anglais avec The Clash. Après les États-Unis, le premier album des Modern Lovers sortit en Grande-Bretagne en 1977 : la chanson « Roadrunner » entra au Top 20. Le caractère « démocratique » des compositions de Richman (faciles à reproduire donc à transmettre, dans un esprit anti-virtuose, franches du collier et énergétiques, c’est à dire les éléments de base de la grammaire du punk liminaire) séduisirent des jeunes musiciens qui arboraient sur leur tee-shirt le slogan : « I hate Pink Floyd » (je déteste Pink Floyd), en réaction à un rock emphatique jugé boursoufflé, artificiel et asphyxiant l’espace musical ambiant. « Roadrunner » dans la version Sex Pistols figure en troisième position sur la bande originale du film « historique » du punk The Great Rock’n’ Roll Swindle (La grande escroquerie du rock’n’roll) réalisé en 1979 par Julian Temple. Quant à « Pablo Picasso », il fut soumis à un traitement radical en 1978 par le groupe punk d’origine écossaise Johnny and the Self Abusers qui encapsula le thème musical d’origine au sein d’une nouvelle composition rendant une interprétation délibérément détestable du « you » de Richman. Jim Kerr et Charlie Burchill, les auteurs de la chose, allaient devenir célèbres dans les années 1980 grâce au succès de Simple Minds, « groupe-à-stades » qui perfusait l’énergie du punk moribond dans une New Wave plus négociable avec l’industrie du disque. À l’instar de nombre de leurs collègues lassés d’une mouvance punk rapidement convertie à la médiocrité musicale et à une violence sans issue : « horrible à regarder, horrible à écouter » (4).

 

Johnny and the Self Abusers (Simple Minds)
Extrait de l’album Simple Minds, The Early Years 1977-1978, Mindmood Records, 1998

 

 

 

En dépit de leur évolution artistique parfois contrastée au fil des années, ceux qui s’étaient détournés des sucreries californiennes des Sixties’ pour bâtir un univers musical alternatif – les glam rockers, les proto-punk, les proto-grunge – croquaient régulièrement une petite madeleine entre deux nouveautés. Celle d’Iggy Pop fut, en 1994, « Pablo Picasso » (« un bon morceau pour quatre cordes ». NB : il venait d’en casser deux sur scène) dont il rendit sur un plateau de télévision espagnol, pour l’émission Sputnik, une version électro-acoustique en pleine mode unplugged (concert acoustique) dans les médias. L’ancien leader des énergiques et déjantés Stooges, dont Richman avait été un fan dans l’époque proto-punk, accentua le staccato originel et improvisa un solo aigu, tandis que sa voix chaude scandait les paroles avec quelques modulations éparses. L’ensemble, dans un style rock, est moqueur et très impertinent, à l’instar du personnage que s’est construit Iggy Pop.

 

Son vieux complice David Bowie, à l’origine beaucoup plus « glam » que « punk » et engagé depuis dans des mutations stylistiques et musicales accélérées, ira plus loin en 2003, en gravant sa propre cover de « Pablo Picasso » sur son 25e opus Reality. « J’ai toujours voulu la faire. C’est juste un petit plaisir. » déclara-t-il lors de la promotion de l’album (5). Bowie s’en est effectivement donné à cœur joie : le thème est totalement restructuré avec, entre autres, un solo arabo-hispanisant, une guitare héroïque tricotant sur plusieurs accords et l’ajout d’une strophe traitée en couplet choral. Un mur d’énergie sonore, traversé par l’interprétation vocale mi-dissonante de David Bowie, redéfinit complètement la densité du morceau et donne une couleur exhubérante à la subversion candide qu’il véhicule. L’allusion musicale à l’Espagne confère à la chanson la dimension d’un hommage à son personnage principal – à la limite du pittoresque.

 

Swinging on the back porch
Jumping off a big log
Pablo’s feeling better now
Hanging by his finger nails

 

Couplet ajouté par David Bowie aux paroles de Jonathan Richman

 

David Bowie, “Pablo Picasso”, extrait de l’album Reality, ISO, 2003

 

 

Une captation de « Pablo Picasso » pendant le Reality Tour, 2003-2004 de David Bowie est disponible sur YouTube.

 

 

Entre temps, le succès public et critique aux États-Unis du thriller d’anticipation Repo Man du britannique Alex Cox en 1984 avait ménagé à « Pablo Picasso » une diffusion inédite et élargie auprès d’un public renouvelé, et un traitement des plus populaires, grâce à la bande sonore confiée à plusieurs formations de punk-rock de Los Angeles. Le groupe Burning Sensation aménagea la structure harmonique dans un esprit qui rappelle le célèbre thème d’Henry Mancini pour la populaire série télévisée américaine Peter Gunn (6) et colla à la phrase musicale une guitare grasse, une rythmique chargée, quelques instruments à vent et un synthétiseur.
Cox mit littéralement en scène le contraste entre le modèle et sa contrefaçon dans un quotidien difficile ; le jeune héros (Emilio Estevez), dont les parents hippies ont investi l’argent de ses études dans l’entreprise d’un prédicateur véreux, a pour métier de récupérer les véhicules dont les traites n’ont pas été honorées. C’est au volant de l’un d’eux qu’il descend une rue de Los Angeles – au son de « Pablo Picasso » – et qu’il apostrophe une jeune fille depuis sa portière ; Emilio Estevez finira lamentablement sa course dans un mur de poubelles. Le piteux maladroit se fait bousculer par la traduction incarnée du sermon de Richman, une énergique voisine tout en balai et fichu.

 

Extrait du film Repo Man (1984) d’Alex Cox, avec Emilio Estevez et Olivia Barash
Avec l’aimable autorisation d’Alex Cox

 

 

Il est, enfin, cocasse d’entendre dans la bouche de son douteux supérieur (joué par Harry Dean Stanton) une diatribe contre les mauvais payeurs, qualifiés de « punks » (« bons-à-riens » en bon anglais).

 

 

Well the girls would turn the color
Of the avacado when he would drive
Down their street in his El Dorado

 

Burning Sensation, « Pablo Picasso », bande originale du film Repo Man (1984) d’Alex Cox

 

 

 

Le charisme de Picasso, argument fondamental de la chanson de Richman, fut détourné dans une reprise par la californienne Phranc sur son album Positively Phranc (1991) : elle substitua à Picasso une figure qui lui était contemporaine : Gertrude Stein, féminisant le rapport de force sur lequel est construite la chanson. New York est devenu dans la foulée le « Gay Paris ». Stein, américaine fortement européanisée, célèbre collectionneuse d’œuvres de Picasso, prête ici, dans une réversibilité troublante, sa personnalité anticonformiste – notamment du point de vue sexuel – à une interprétation folk enlevée à l’accent militant, où le « you » (toi) transpire l’intolérance et la discrimination, et dont Ernest Hemingway fait les frais au détour d’un refrain.

 

 

It never happen to Gertrud Stein
(…) no one had never called Gertrud Stein an asshole
Not in Gay Paris
(…) Except by Ernst Hemingway

 

Phranc, « Gertrud Stein » extrait de l’album Positively Phranc, Island Records, 1991

 

 

 

L’ombre portée de Picasso sur cette tranche d’histoire musicale n’a pas d’équivalent ; là comme ailleurs. Dans le registre « gourous esthétiques », les compositions musicales consacrées à Vincent Van Gogh par le même Jonathan Richman et, de façon plus partagée, à Andy Warhol par David Bowie n’ont pas eu le même écho. L’enthousiasme des internautes enlumine les interprétations musicales de « Pablo Picasso » captées de façon domestique, de collages visuels anachroniques avec les covers (versions) du morceau ; en dépit de leur possible maladresse, elles entretiennent toutefois le foyer d’une référence insubmersible. Selon la formule consacrée anglo-saxonne d’origine européenne pour les génies populaires (initialement en hommage à Jacques Brel), Pablo Picasso is Alive and Well and Living in Paris, par-delà de sa mort : il n’en finit pas de descendre la rue au fils des reprises. Les Américains et les Anglais semblent considérer Picasso dans leur culture vernaculaire avec une affectueuse familiarité que les Français ne s’autorisent pas.

 

Si tout ce qui ce qui vient de vous être conté, analysé et commenté is only rock’n’roll, il ne faut toutefois par négliger que le fait que nombre de ces musiciens improvisés, mal dégrossis aux yeux de leurs contemporains mais pour la plupart fort bien recyclés dans la discipline qui fut la leur, ont suivi de près ou de loin le cursus d’écoles d’art, de design ou d’architecture. Le premier concert des Sex Pistols eût d’ailleurs lieu au vénérable St Martin’s College of Art à Londres, le 6 novembre 1975 – et ce n’est pas un exemple isolé. Pablo Picasso a été extirpé du splendide isolement esthétique dans lequel la vulgate se plaît à le cantonner par quelques trublions inopportuns qui ne songeaient pas à danser sur ses cendres mais bien à le prendre comme une stimulante compagnie qui ne s’est pas démentie en 30 ans. Ce qui peut être analysée comme une « exception sociologique », taillée dans le tissu médiatique des charismes à-tout-faire, ne tient pas devant la pratique : ce sont bien des artistes qui dialoguent au long cours avec la postérité inattendue de Pablo Picasso, de la scène confidentielle des chapelles underground aux grosses machines scénographiques de quelques héros de l’industrie musicale.

 

En 2002, Jonathan Richman – quant à lui totalement autodidacte – enregistra un album en public à San Francisco compilant 19 titres issus d’une longue carrière qui a connu de nombreuses variations stylistiques. De ses débuts proto-punk, il n’a conservé dans son programme que deux titres : « Girlfriend » et « Pablo Picasso », traits d’union positifs au sein d’une génération.

 

Nathalie Leleu

 

 

Well he was only 5’3″
But girls could not resist his stare
Pablo Picasso never got called an asshole
Not in New York
Wow!

 


(1) Tim Mitchell, le biographe de Jonathan Richman, rapporte que ce dernier aurait trouvé l’inspiration de « Pablo Picasso » dans une biographie de l’artiste abandonnée sur un banc du métro à New York. cf. Tim Mitchell, There is something about Jonathan, Londres : Peter Owen Publishing, 1999, p.174

Dans une interview filmée en 2002 et figurant dans les bonus d’un concert enregistré sur DVD Take me to the Plaza, Jonathan Richman regretta d’avoir vu ses propos déformés (« misquoted ») « au moins à 50% » tout au long de sa carrière, et s’étend longuement sur les prétendues affabulations de la presse, notamment du magazine Interview aux Etats-Unis, de l’hebdomadaire New Musical Express en Grande- Bretagne et de la revue Les Inrockuptibles en France. L’auteur n’a cité dans ce Focus aucun propos recueillis de Jonathan Richman.

(2)Le premier album des Modern Lovers a été classé 381 dans le palmarès des « 500 meilleurs albums de tous les temps » établi par la magazine américain Rolling Stone en 2003.

(3) Acronyme de “Country, Bluegrass, Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers” .

(4)«horrible to look at, horrible to listen to » : Adam Ant, du groupe New Wave Adam and the Ants, interviewé par Mick Stingley, www.esquire.com, 15 juillet 2013

(5) David Peisner, « Bowie back with Reality », Rolling Stone, 15 juillet 2003

(6) Peter Gunn est une série télévisée diffusée entre 1958 et 1961 sur la chaîne américaine NBC. Elle a été créée et produite par Blake Edwards, le réalisateur au cinéma de La Panthère rose, dont Henri Mancini fut l’auteur d’un autre célèbre thème musical.