Guernica à pleine voix

« Guernica » est une œuvre incontournable. A l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire et en lien avec l’exposition présentée au Musée national Picasso-Paris, une classe de bac professionnel Commerce du lycée Florian de Sceaux s’est plongée plusieurs mois durant dans ce chef-d’œuvre et son contexte. En collaboration avec l’artiste Atsunobu Kohira, les élèves ont été invités à crier leur ressenti devant l’image de « Guernica ». Ils ont ensuite réinventé cette matière phonique brute pour composer des créations originales, tandis que l’artiste livrait sa propre version visuelle et sonore mêlant l’image des élèves à une bande-son évocatrice de l’œuvre.

Une sélection des travaux sonores des élèves et la vidéo d’Atsunobu Kohira sont présentées dans l’exposition « Guernica » (27 mars – 29 juillet).

Le musée tient à remercier chaleureusement tous les participants à ce projet :
Atsunobu Kohira
Les élèves Saïd Amehdi, Tatiana Ammari, Agathe Barré, Manassé Edia, Meghane Huron, Aselo Ikahehege, Gnouma Keita, Yannis Khodri, Angela Leroux, Jude Matoudidi-Kalengayi, Sarah Nbiyavanga, Ryan Nicolleau, Hardy Nkutu, Charles-William Nyoungue-Etondo, Loris Rossi, Jean-Baptiste Saint-Aubin, Romane Seri, Jordan Joseph-Paddvany et Herik Machado.
Les enseignantes Coralie Prieto-Borel, Carine Mermans, Camille Poutiers et Annabelle Taochy





Cris et douleurs

« Nous avons choisi un son aigu pour faire un petit rappel du tableau de Pablo Picasso, Guernica (1937) qui nous montre la terreur. Nos cris sur ce son aigu servent à décrire et montrer le ressenti de ce tableau qui nous évoque la peur, la douleur et la tristesse.
Il y a aussi un son grave qui nous rappelle un sentiment de colère suite à la guerre illustrée dans Guernica. Nous avons utilisé des sons graves et aigu pour pouvoir expliquer l’image de Guernica suite à notre ressenti sur le tableau.
Nos deux cris ont été modifiés en grave (pour Sarah) et aigu (pour Angela) pour avoir un lien avec l’image du tableau. »
Sarah et Angela

Herita

« Guernica nous a fait ressentir plusieurs émotions. Des émotions qui proviennent du bombardement de cette ville en Espagne. Ce que nos cris traduisent c’est la peur, l’angoisse, la tristesse que les gens ont vécu lors de ce drame.
Pour le début de notre morceau, nous avons choisi deux cris dont l’un qui représentait la peur et la tristesse, et l’autre le désespoir. Il y a aussi un cri médium, ni trop grave, ni trop aigu, utile pour le commencement, mais aussi pour signifier des moments de pause, de répit, de respiration dans le morceau. »
Herik et Tatiana

Je dirai la terreur

« J’ai fait un mixage par rapport aux cris que l’on avait produits. J’ai fait un effet de bombe car Guernica représente la guerre, la terreur et du coup mon mixage représente la guerre et les sentiments qui lui sont liés.
J’ai mis mon cri au tout début car on ne m’entend pas beaucoup étant donné que je n’ai pas crié énormément… j’étais angoissée, j’avais peur et cette peur m’a envahie. Je n’ai pas réussi à faire sortir de moi un vrai cri, juste un petit « ahaa ». C’était ma première création. »
Méghane

Le chaos de Guernica

« Nous avons choisi un cri aigu comme ceux que pourraient pousser les personnages du tableau, et un autre cri plus grave pour rappeler les bombes. A ça s’ajoute, un troisième cri qui sonne comme une alarme pour prévenir des bombes et puis c’est l’explosion qui détruit toute la ville de Gernika.
Tous ces sons se succèdent et ensemble ils donnent image de terreur et de chaos comme le tableau de Picasso… »
Agathe et Charles-William

Le cri de la terreur

« Dans le premier cri, je me suis inspiré d’une femme qui pleure et crie de tristesse et de terreur suite à ce qui vient d’arriver à son enfant.
Le second cri s’inspire des bombardements, des gens qui essayent de sauver leur peau en fuyant, criant et des gens qui se font bombarder, qui crient de douleur et qui meurent.
Le troisième à la fin s’inspire des autres civils qui pleurent de tristesse, de terreur et de peine pour leurs proches morts. »
Manassé

Parler en criant

« Ils ont voulu nous tuer avec leur bombe, mais c’est eux qui sont morts de honte.
Nous bombarder était leur devoir, le courage sera notre espoir.
Le morceau est construit à partir d’une base, un son étiré au maximum puis répété.
J’ai travaillé des cris aigus – la peur et la tristesse – qui deviennent vers la fin des sons graves, c’est la colère. Car après le bombardement, ils n’ont plus peur mais sont en colère.
J’ai fait exprès que le son soit dur à entendre, qu’il fasse mal aux oreilles, pour que les gens qui l’écoutent sentent vraiment la douleur, la souffrance. Le rythme est intense pour signifier la dureté de ce qu’ils ont subi. Par rapport au tableau Guernica, Parler en criant se veut plus dynamique. On ne fait pas que passer devant, on essaie de comprendre, comme une histoire. »
Saïd

Sans titre

« J’ai choisi ces effets car cela me rappelle la dureté de la guerre.
Les sons stridents me rappellent les cris des victimes, le son est angoissant, glauque, l’atmosphère est assez froide et la vue du tableau nous rappelle la souffrance des gens qui est retransmise à travers les sons.
J’ai pris 3 cris assez aigus et je les ai transformés pour créer un son qui ressemble à des cris de douleur, des sons qui se rapprochent le plus du tableau Guernica. »
Jude

Sombre Oscuro

« Nous avons choisi ces cris car ils nous rappellent le tableau de Picasso, Guernica. Ce tableau évoque la guerre c’est un rappel aux personnes qui sont mortes et la période sombre de cette époque. Le son créé est long et continu avec des moments de vide pour repartir pour des cris poussés dans le musée. »
Haardy, Gnouma et Jordan




Atsunobu KOHIRA (1979 – )
Guernica 2018
Œuvre audiovisuelle (18’)
Production : Musée national Picasso-Paris
Production exécutive : Atsunobu Kohira
Réalisation : Atsunobu Kohira
Courtesy of Galerie Maubert, Paris and Yumiko Chiba Associates, Tokyo

Le site internet de Atsunobu Kohira

« Le moment catastrophique est concentré dans l’image noir et blanc du tableau. Cela défile devant nos yeux. « Guernica » est comme du magma. J’écoute du magma qui coule.
Au lieu d’un pinceau, je prends un micro. Au lieu des pigments, j’enregistre des cris.
Les cris deviennent le bombardement, la sirène, l’effondrement, la peur, la fureur et le chaos. Il y a encore quelque chose dans ce tableau. C’est le silence.
Ma création est une recherche de ce silence que Picasso a laissé pour aujourd’hui. »