Histoire

Histoire

 

Roland Simounet, éléments architecturaux

Roland Simounet, Éléments architecturaux pour le musée Picasso Paris, 1985.
© Musée Picasso Paris / Béatrice Hatala, 2011

 

Le choix d’installer la dation Picasso dans l’Hôtel Salé se fait très rapidement : il remonte à 1974, un an après la mort de l’artiste. Et en effet, la succession de Pablo Picasso a été préparée, notamment par l’invention du mécanisme de la dation en paiement à la fin des années 1960, rendue urgente par le vieillissement de l’artiste. Ce processus, qui permet à l’État d’acquérir un ensemble exceptionnel d’œuvres de Picasso encore enrichi par les donations des héritiers, implique de trouver un lieu pour les conserver et les exposer. En accord avec la famille de l’artiste, Michel Guy, secrétaire d’État à la Culture, décide d’installer la collection dans l’Hôtel Salé, 5 rue de Thorigny dans le 3ème arrondissement de Paris. Le bâtiment appartient à la Ville de Paris et a été classé Monument Historique en 1968 (arrêté du 29 octobre).

 

Roland Simounet, Éléments architecturaux

Roland Simounet, Éléments architecturaux pour le musée Picasso Paris, 1985.
© Musée Picasso Paris / Béatrice Hatala, 2011

 

Dés 1974, les Monuments Historiques entament les travaux de restauration. En mars 1975, suite à une délibération, le Conseil de la Ville de Paris confirme la vocation de l’Hôtel Salé à accueillir le Musée national Picasso : il semble naturel d’y installer cet artiste dont l’œuvre s’est développé au sein de grandes demeures et autres bâtiments historiques (châteaux de Boisgeloup, d’Antibes, la Californie). Il est aussi question de créer un contraste architectural entre le tout jeune Centre Pompidou qui est en train de sortir de terre et ce lieu patrimonial monographique que devient la demeure ancienne de l’Hôtel Salé, lieu voisin pour l’art du XXe siècle et également dépositaire d’œuvres de Pablo Picasso. L’art de Picasso doit ainsi rayonner dans les espaces multiples de présentation de l’art du XXe siècle, de l’architecture la plus contemporaine aux espaces les plus patrimoniaux. Un bail de 99 ans est conclu en 1981, l’État louant l’Hôtel Salé à la Ville pour un loyer symbolique, à charge pour le premier d’y réaliser les travaux et de pourvoir à son entretien.

 

Roland Simounet, Éléments architecturaux

Roland Simounet, Éléments architecturaux pour le musée Picasso Paris, 1985.
© Musée Picasso Paris / Béatrice Hatala, 2011

 

L’hôtel est restauré et réaménagé entre 1979 et 1985 par l’architecte Roland Simounet afin de devenir un lieu propre à la conservation et à la présentation des œuvres. A la suite d’un concours d’idée mettant en lice quatre architectes (Roland Simounet, Carlos Scarpa, Jean Monge, Groupe GAU de Roland Castro), Roland Simounet est désigné en 1976 pour mener à bien la réalisation du projet d’installation du Musée national Picasso dans l’Hôtel Salé. C’est un architecte reconnu et expérimenté. Né en Algérie en 1927, Roland Simounet y travaille jusqu’en 1964 après un passage par l’École d’architecture du Quai Malaquais à Paris, et construit des cités d’urgence : étude du bidonville d‘Alger pour les Congrès international de l’architecture Moderne de 1953, construction de la cité de Djenan el Hassan (1957). Il allie ainsi dans son expérience d’architecte l’héritage moderniste d’un Le Corbusier et une tradition méditerranéenne – qui déjà inspirait ce dernier – et travaille sur l’horizontalité. Le LAM, musée de Villeneuve d’Asq (1983), pour lequel il remporte le concours en 1973, représente bien ce travail de dissémination des blocs architecturaux en réseau organisé, un modèle que l’on retrouvera pour le Musée de la Préhistoire à Nemours (1981), au plan asymétrique et en décrochés, selon le dénivelé du terrain.

 

Roland Simounet, Éléments architecturaux

Roland Simounet, Éléments architecturaux pour le musée Picasso Paris, 1985.
© Musée Picasso Paris / Béatrice Hatala, 2011

 

L’Hôtel Salé représente un défi particulier. Il s’agit de s’inscrire dans un bâtiment déjà existant, et le programme lui fait devoir de respecter l’hôtel dans ses parties classées aux superbes décors de stuc ou de pierre (vestibule, grand escalier d’honneur, salon de Jupiter). Ces contraintes sont comme les aspérités des terrains auxquelles Simounet s’est déjà confronté : il réalise le seul projet du concours dont l’idée directrice est d’inscrire le musée dans le volume même de l’hôtel, sans construction d’extension. La boîte moderniste ainsi conçue par Roland Simounet vient se superposer au monument dans une dialectique stylistique aussi subtile que complexe, dans toutes les dimensions.

 

Le grand Escalier, qui mène, « naturellement » vers le premier étage est un axe pivot du projet. Le parcours suit ensuite une sinusoïde, coupée de césures et de fentes. Une rampe propose un autre mode de circulation d’étage en étage. La peinture laquée contraste avec la peinture mate et rythme les murs. Ce travail se différencie de celui mené pour la rénovation de l’Abbatiale de Saint-Germain des Prés, pour laquelle l’architecture intérieure fait comme une coque dans le bâtiment. A l’Hôtel Salé, le bâtiment conserve ses volumes et sa visibilité externe et interne. Le projet offre, par la variété des ambiances s’attachant à chaque niveau de l’hôtel et un travail sur les transparences entre bâtiment original et espaces d’exposition, une véritable promenade architecturale où l’on découvre un grand hôtel du XVIIe siècle en même temps que l’œuvre de Picasso. Le mobilier, conçu pour le musée, est signé Diego Giacometti.

 

Toutefois, en raison de difficultés techniques, de coupes budgétaires, de modifications successives de programme, le projet connut un certain nombre de remaniements du concept initialement soutenu par Roland Simounet. Les rampes et mezzanines durent être réduites. Certains espaces prévus sont abandonnés, comme les espaces d’expositions temporaires, prévus à l’origine dans le volume des Communs, ou la salle multimédia occupant initialement les sous-sols des Communs. On renonça aussi à la construction d’un immeuble d’ateliers d’artistes et de services sur le socle construit le long des jardins, côté rue Vieille du Temple qui devient un vaste local technique. Ces espaces perdus manquèrent à l’exposition de la collection dans son ampleur.

 

Le Musée national Picasso fut inauguré en octobre 1985.

 

Roland Simounet obtient l’Équerre d’argent pour la rénovation
de l’Hôtel Salé.

 

Retrouvez sur notre blog consacré aux Journées européennes du Patrimoine quelques pages consacrées à l’histoire architecturale du musée.