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Autoportrait 1901
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Autoportrait 1901

Chefs d'oeuvres

de la collection

Autoportrait

1901
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Picasso - Autoportrait - MP4 - 16-530611
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Picasso - Autoportrait - MP4 - 16-530611
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Pablo Picasso, « Autoportrait », 1901, Huile sur toile, 81 x 61 cm, MP4, Musée national Picasso-Paris

C’est en pensant à Casagemas que je me suis mis à peindre en bleu.

Pablo Picasso à Pierre Daix

Pablo Picasso traverse plusieurs grandes périodes dans son œuvre picturale. Parmi les plus célèbres, la Période Bleue est la première qui va permettre à l’artiste de se positionner et de s’affirmer dans toute sa singularité, dès l’année 1901. Un sombre événement marque le cours de sa vie cette année-là, et influe considérablement sur sa production, et ce durant les trois années suivantes. Comment un incident tragique dans la vie de l’artiste a pu motiver cet autoportrait, véritable chef-d’œuvre de la Période Bleue, et des collections du Musée National Picasso Paris ? Qu’a-t’il bien pu se passer pour que ce dernier ne réalise que des œuvres dans une palette froide et bleutée ?

La tourmente avant la création

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Pallarès i Grau Manuel - Picasso, Mateu de Soto et Casagemas sur la terrasse du 3 rue de la Merced à Barcelone - APPH15324 - 15-526522
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Pallarès i Grau Manuel, « Picasso, Mateu de Soto et Casagemas sur la terrasse du 3 rue de la Merced à Barcelone », vers 1900, 18 x 24 cm, APPH15324, Musée national Picasso-Paris

Pablo Picasso a 19 ans lorsqu’il fait une rencontre importante: celle de Carlos Casagemas, un jeune artiste catalan. Ils deviennent rapidement inséparables, après leur rencontre dans le cabaret Els Quatre Gats à Barcelone en 1900. Fougueux, ils partagent un rêve commun: celui d’aller s’installer à Paris, mythique capitale de l’avant-garde artistique.
Quelques mois plus tard, les deux jeunes artistes s’installent à Montmartre. Ils y rencontrent nombre de modèles et d’amantes, et Carlos Casagemas s’éprend alors de l’une d’entre elles, Laurence Florentin, qui se fait appeler Germaine. Mais leur relation va vite se dégrader : cette dernière semble en effet beaucoup moins engagée dans cette relation. Casagemas, en revanche, voit son amour s’exacerber à mesure qu’elle le repousse.

Déprimé et sombrant peu à peu dans l’alcoolisme, Casagemas commet l’impensable le 17 février 1901 : aux termes d’une soirée au café L’Hippodrome, boulevard de Clichy, il se donne la mort à l’aide d’un pistolet après avoir tenté d’atteindre celle qui lui fit perdre la raison.

Des tableaux glaçants

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Picasso - La Mort de Casagemas - MP3 - 16-516688
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Pablo Picasso, « La Mort de Casagemas », 1901, Huile sur bois, 27 x 35 cm, MP3, Musée national Picasso-Paris

Après la perte de son ami, une vague de tristesse envahit Pablo Picasso. Il entame alors ses recherches picturales autour de sentiments tels que la mélancolie, la misère, la pauvreté, la vieillesse et, indéniablement, la mort. Dans une ambiance austère et mortuaire, « La mort de Casagemas » est un portrait posthume que l’artiste réalise de son très cher ami. Le cercueil dans lequel il repose est bleu, couleur onirique évoquant le dernier sommeil.

Le premier hiver que passe Picasso à Paris en cette année 1901 est donc un moment difficile. Il n’a que vingt ans à peine lorsqu’il se représente sur cet autoportrait. Il paraît pourtant beaucoup plus âgé. En effet, les traits de son visage sont tirés, fatigués, creusés. Le grand manteau rigide qui l’habille semble l’engoncer et l’enfermer, avec son grand col remonté. Il cherche à donner à cet autoportrait une atmosphère glaciale, avec son teint blafard, ses lèvres, pommettes et oreille légèrement rosées par le froid, et bien sûr cet arrière-plan bleu d’une monochromie intense.

Savoir s’entourer, s’inspirer puis s’affirmer

Après l’effroyable épreuve du deuil, Picasso se nourrit intensément de l’étude des grands maîtres de la peinture. Par ses choix de couleurs et de représentation, il rend ainsi hommage à l’Âge d’or de la peinture espagnole (entre le XVIème et XVIIème siècle) et aux grands artistes espagnols de cette période : Diego Velasquez, ou encore Luis de Morales. Il s’inspire notamment de leur travail des couleurs avec des aplats et de grands monochromes en arrière-plans.

Picasso commence également à regarder avec attention des artistes français tels qu’Henri de Toulouse-Lautrec ou encore Paul Gauguin, qu’il côtoie de près ou de loin dans les célèbres quartiers parisiens où il vit: Montmartre et Pigalle. Le traitement de son vêtement dans son Autoportrait rappelle les esquisses et peintures de ces deux génies de la peinture, avec une impression de matière, et selon, de légèreté et de souplesse, ou à l’inverse, de rigidité et d’épaisseur. Enfin, le regard sombre et profond que s’attribue le peintre dans son Autoportrait évoque les exercices d’autoportraits de Vincent Van Gogh, le célèbre peintre néerlandais du XIXème siècle, qui a exprimé une intensité psychologique et une détresse perceptibles notamment dans le regard.

Du bleu au rose

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Picasso - Portrait de Carlota Valdivia (La Célestine) - MP1989-5 - 15-651728
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Pablo Picasso, « Portrait de Carlota Valdivia (La Célestine) », Mars 1904, Huile sur toile, 81 x 60 cm, MP1989-5, Musée national Picasso-Paris

D’autres chefs-d’œuvre de la Période Bleue appartiennent aux collections du Musée National Picasso Paris. « La Célestine » (1904) notamment est un portrait dont les caractéristiques sont similaires à celles de l’Autoportrait de 1901 : l’arrière-plan d’une couleur bleue, froide et monochrome, le sujet précisément placé au même endroit de la toile (légèrement excentré à droite), et le traitement d’un visage vieilli et livide, au teint terne et pâle, laissant l’entière place à un regard d’une intense mélancolie. Avec « La Célestine », Picasso reprend les mêmes codes usités dans son Autoportrait réalisé trois ans auparavant, et achève cette Période Bleue, pour laisser place à la suivante : la Période Rose, encouragée par sa rencontre avec sa première compagne, Fernande Olivier.