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Hôtel Salé - Nuit
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Hôtel Salé - Nuit

Ma nuit au musée

Ma nuit au musée

Quelles émotions peut bien provoquer une nuit passée seul dans un musée? C’est la question sur laquelle se penchent les éditions Stock en partenariat avec le Musée national Picasso-Paris dans la collection inédite « Ma nuit au musée ».

Pour cette expérience inattendue, des auteurs sont invités à passer chacun une nuit au musée, avec pour seule compagnie les œuvres de Pablo Picasso. Solitaires, ils vagabondent alors dans les salles du musée, dépourvues de toute présence humaine, à la recherche de sensations.

Et il semblerait que cela soit propice à l’émulation créative ! Le fastueux hôtel particulier, alors vide et silencieux, autant que la confrontation avec les œuvres du maître Espagnol, sont véritablement initiateurs d’imagination. Ce moment hors du temps est favorable au questionnement, à l’imaginaire, à la fantaisie ; mais surtout à l’écriture en général. Entre peur, émerveillement, solitude : comment penseriez-vous vivre cette expérience ?

Depuis le début de la collection « Ma nuit au musée » déjà 6 auteurs et autrices ont eu la chance de passer une nuit entière au Musée national Picasso-Paris : Enki Bilal, Santiago H. Amigorena, Léonor de Récondo, Adel Abdessemed et Christophe Ono-dit-Biot, Lydie Salvayre et Kamel Daoud.

De cette nuit hors du commun, découlent des ouvrages aux thèmes variés, preuve du ressenti différent de chaque écrivain sur cette expérience.

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Ma nuit au musée - Enki Bilal

Enki Bilal, « Nu avec Picasso »

Quelle est cette main inconnue et surpuissante qui attrape Enki Bilal au beau milieu de la nuit et le projette sur un lit de camp ?

Quel est ce lieu mystérieux et hanté dans lequel il a atterri ?

Qui sont ces créatures, minotaure, cheval ou humains déformés, que l’artiste rencontre en essayant de trouver son chemin dans ce labyrinthe sombre et inquiétant ?

Que lui veulent-elles ? Et dans quel état sortira-t-il de cette incroyable nuit ?

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Ma nuit au musée - Santiago Amigorena

Santiago H. Amigorena, « Il y a un seul amour"

Ou plutôt, n'y a-t-il qu'un seul amour ? Parle-t-on du même amour pour une œuvre ou pour l’être aimé ? Qu’en est-il de notre amour ? semble adresser Amigorena à celle qu’il aime et qui ne sera pas auprès de lui cette nuit. N’a-t-il pas déjà écrit tout au long de sa vie sur des musées, des expositions, des peintures ? Oui, cette promenade nocturne au musée Picasso sera donc une tentative de s’extraire de l’amour, de prendre la distance nécessaire pour tenter d’y mettre des mots.

Justement les mots, il les dépose, les juxtapose et joue avec. Au cœur du musée endormi, les interrogations deviennent des affirmations, les affirmations des interrogations. Tenant résolument le fil de l’amour, Amigorena attend, dans le sommeil et les rêves, que les œuvres le guident et lui apportent quelques réponses. Dans cette nuit de solitude forcée, où s’invitent Picasso, Giacometti ou encore Vermeer et Bataille, il explore avec pudeur et profondeur le sentiment amoureux, l’écriture, les œuvres, et ce qui inextricablement les lie.

En mai, l’auteur Santiago H. Amigorena revenait sur cette expérience hors du commun dans une interview réalisée pour le musée.

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Ma nuit au musée - Adel Abdessemed et Christophe Ono Dit Biot

Adel Abdessemed et Christophe Ono-Dit-Biot, « Nuit espagnole »

Adel Abdessemed, l’un des plus audacieux artistes d’aujourd’hui, connu dans le monde entier pour sa liberté irréductible exercée contre tous les pouvoirs, reçoit une mystérieuse invitation à passer une nuit dans le musée Picasso, au cœur de l’exposition « Guernica ». Mais la toile mythique y sera absente. Peinte au lendemain des bombardements fascistes, qui le 26 avril 1937 ont réduit en cendres la ville basque, elle ne peut plus quitter l’Espagne.

Il sera accompagné d’un écrivain qui admire son travail, et a reçu la même invitation, sans plus d’explication. Il sera le « scribe » de l’artiste.

Le temps d’une nuit intense, sillonnée par les éclairs lancés par les œuvres d’art, les confessions de l’artiste sur son travail et l’Algérie, et ses dessins au charbon, ils vont traverser le musée comme deux Orphée qui ne peuvent pas se retourner. Dans ce pas de deux sensuel et électrique, on ne sait plus qui manipule qui.

En hiver dernier, Christophe Ono-dit-Biot et Adel Abdessemed se livraient sur leur nuit passé au musée dans l’interview qu’ils nous consacraient.

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Ma nuit au musée - Lydie Salvayre

Lydie Salvayre, « Marcher jusqu'au soir »

L’humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d’une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s’est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d’intimidation, tout en faisant l’éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

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Ma nuit au musée - Kamel Daoud

Kamel Daoud, « Le peintre dévorant la femme »

« Je suis un “Arabe” invité à passer une nuit dans le musée Picasso à Paris, un octobre au ciel mauvais pour le Méditerranéen que je suis. Une nuit, seul, en enfant gâté mais en témoin d’une confrontation possible, désirée, concoctée. J’appréhendais l’ennui cependant, ou l’impuissance.

Pour comprendre Picasso, il faut être un enfant du vers, pas du verset. Venir de cette culture-là, sous la pierre de ce palais du sel, dans ce musée, pas d’une autre. Pourtant la nuit fut pleine de révélations : sur le meurtre qui peut être au coeur de l’amour, sur ce cannibalisme passionné auquel l’orgasme sursoit, sur les miens face à l’image et le temps, sur l’attentat absolu, sur Picasso et son désespoir érotique. »